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Interview
«Il faut changer notre façon de penser»

Wolfgang Stölzle, professeur en gestion logistique à l'Université de Saint-Gall

Comment rendre la logistique durable? Dans cette interview, Wolfgang Stölzle, professeur en gestion logistique à l'Université de Saint-Gall, évoque l'étiquetage frauduleux au sein de la branche, les..

Von Mathias Peer (Interview)
am 23.05.2013

...les erreurs dans les processus d'appel d'offres – et la responsabilité des consommateurs.

Dans cette branche, tout le monde n'a que le mot « logistique verte » à la bouche. Un transport globalisé des marchandises qui préserverait également l'environnement – n’y-a-t-il pas là une énorme contradiction?
Wolfgang Stölzle

Il existe bien entendu de nombreuses dissonances. En logistique, il est souvent question de recourir à des ressources qui peuvent peser lourd sur l'environnement. Mais sans logistique, nous n'aurions pas le même bien-être. Pour que notre économie fonctionne, nous avons besoin d'une logistique performante. Et la logistique verte tend à équilibrer ces deux aspects. Cela fonctionne si les services nécessaires englobent des offres respectueuses de l'environnement – et si nous remettons également en question les services auxquels nous pouvons renoncer.
 
Où en sont les entreprises à cet égard?
Considéré dans son ensemble, en tant que gros producteur d'émissions de CO2, le secteur de la logistique doit naturellement faire face à la question de la protection du climat. Presque tous les prestataires logistiques, grands et moyens, se sont emparés de la question de la logistique verte. Il importe également de s’interroger sur ce que les entreprises entendent par là – et sur ce qu'elles ont effectivement mis en œuvre.
 
Tout ce qui porte une étiquette verte, n'est pas nécessairement respectueux de l'environnement:
la situation est certainement plus nuancée. Il existe d'un côté un certain nombre de prestataires logistiques ayant pris des mesures « vertes » qui ne sont même pas encore rentables, et de l'autre, des prestataires qui ne font presque rien – mais qui brandissent l'étiquette de fournisseurs verts sur le marché. La majorité des sociétés oscillent entre ces deux tendances.
 
Le vert n'est pas nécessairement synonyme de durabilité?
La durabilité ne s'applique pas exclusivement à l'environnement naturel: elle englobe aussi des aspects économiques et sociaux. Si protéger l'environnement est onéreux au point de menacer l'existence d'une entreprise, on ne peut pas parler de durabilité. C'est pourquoi je pense que le concept de durabilité en tant qu'exigence pour la logistique a plus de sens – parce qu'il couvre précisément davantage de dimensions, dont la perspective « verte » stricto sensu.
 
De nombreux projets échouent en raison de problèmes de rentabilité.
Il existe deux conditions essentielles pour que le thème de la durabilité s'impose en logistique. D'abord, il importe que le management des sociétés concernées soit impliqué et convaincu de cette nécessité, et, idéalement, que les actionnaires le soient aussi. Et puis, les clients devraient réclamer des concepts logistiques durables et démontrer qu’ils sont prêts à payer cette étiquette.
 
Sans pression externe, la branche n'agirait donc pas vraiment?
Le terme de pression a une connotation vraiment négative, j'opterais pour une autre formulation.  Il s'agit plus d'une appréciation perceptible affichée par les clients vis-à-vis du critère de durabilité. Alors même que nous aurions des entreprises vertes totalement engagées, le marché ne serait pas efficient si le consentement des clients à payer pour une logistique verte restait insuffisant.
 
Où est le défaut du système?
Encore aujourd’hui, les critères de prix, de services et de qualité déterminent presque exclusivement le choix du prestataire. Bien que souvent énoncés dans les appels d’offres, les critères environnementaux et sociaux sont souvent relégués en arrière-plan. Cela ne suffit pas. Si les affréteurs, à savoir l'industrie et le commerce, ne sont pas prêts à transposer leur propre stratégie de durabilité dans leurs appels d'offres logistiques, alors il ne sert à rien de donner des leçons aux prestataires qui hésitent à propos de la durabilité.
 
Selon vous, qu'est-ce qui devrait changer?
Il faut changer notre façon de penser. Les appels d'offres sont rédigés de telle façon qu’en fin de compte, ce sont les acheteurs qui décident. Cela signifie que les entreprises qui souhaitent mettre en œuvre la durabilité doivent également la prendre en compte dans les objectifs assignés à leurs acheteurs.
 
Cela donne l'impression que les prestataires logistiques eux-mêmes n'ont aucune responsabilité dans cette question.
Au contraire, ils doivent mettre en œuvre la durabilité lorsqu'ils ont remporté un appel d'offre. Mais ceux qui connaissent le marché savent bien que les marges sont souvent calculées au plus juste, et dans le cours normal des activités, il est déjà difficile pour les petites et moyennes entreprises de survivre. Je peux tout à fait comprendre que les entreprises ne fassent pas volontairement d’investissements en faveur de la durabilité lorsqu'il n'y a ni intérêt ni volonté de paiement de la part des affréteurs.
 
L'absence de volonté des affréteurs quand il s'agit de payer réside également dans le manque d'intérêt des consommateurs.
Oui. Si vous considérez la majorité de la population, la décision d’achat est toujours dictée par le rapport qualité-prix. Pourquoi les discounters – désormais également implantés en Suisse – ont-ils une telle cote? Parce que les marchandises y sont très disponibles et proposées à des prix attrayants. Mais les kilomètres parcourus par les produits avant d'arriver dans les rayons, et la pollution générée, ne sont pas souvent remis en question par les consommateurs.
 
Le secteur de la logistique en profite aussi. Si tout le monde achetait uniquement des produits locaux, les prestataires devraient se contenter de chiffres d'affaires beaucoup plus faibles.
C’est là un point qui ne m’inquiète pas plus que ça. À l’avenir, nous aurons encore besoin du transport longue distance. Nous ne verrons donc aucun renversement radical. Mais il est tout à fait possible de réduire l'impact néfaste sur l'environnement, même sur de longues distances – en remplaçant par exemple le fret aérien par le fret maritime. Toutefois, les entreprises et les clients finaux devront se demander beaucoup plus fréquemment à l'avenir, pour quels produits de longs itinéraires de transport ont vraiment du sens. Après tout, l'eau proposée au restaurant ne doit pas nécessairement provenir du sud de la France. Le goût de l'eau suisse est tout aussi bon.


À propos du Dr Wolfgang Stölzle:
Depuis 2004, le professeur Wolfgang Stoelzle dirige la chaire de gestion logistique à l'Université de Saint-Gall et est également directeur de la formation professionnelle diplômante en gestion logistique. De plus, il est membre du Conseil scientifique du ministère fédéral allemand des transports, de la construction et du développement urbain. La chaire de gestion logistique établit chaque année l'étude de marché en logistique suisse, en collaboration avec le GS1 Suisse.

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