Pas un mot sur le coronavirus, si ce n’est pour rappeler l’expérience de plus d’un siècle des assureurs dans la gestion des catastrophes. Le climat a nourri, avec la réforme de la prévoyance professionnelle, l’essentiel de la conférence de presse annuelle de l’Association suisse d’assurances (ASA) jeudi à Zurich.

«La durabilité, nous l’avons dans le sang, nous, les assureurs», a déclaré Philipp Gmür, membre du comité directeur de l’ASA, insistant sur leur «approche à long terme». «La durabilité ne s’arrête pas à l’environnement ni au climat. Elle n’est pas non plus réglée avec la multiplication des taxes d’incitation, l’augmentation des prix de l’essence, le durcissement des prescriptions en matière de construction», a déclaré celui dirige par ailleurs le groupe Helvetia. Elle porte aussi, à son avis, sur la prévoyance pour les jeunes et les plus âgés.

Attention au porte-monnaie des assurés

Rolf Dörig, président de l’ASA, a quant à lui critiqué la position du Conseil des Etats, qui a renforcé l’arsenal de mesures prévu par le Conseil fédéral pour assurer la transition énergétique, car les mesures prises «doivent être financées par le porte-monnaie des gens».

L’interdiction de chaudières au fuel dès 2023, une taxe sur les billets d’avion ou une hausse du prix de l’essence, ainsi que toutes les autres mesures disproportionnées par rapport à celles des pays voisins «semblent totalement irréalistes». Le président de l’ASA considère aussi «d’un œil critique la tendance des politiques à vouloir combiner les taxes d’incitation avec des affectations précises». Comme Economiesuisse, l’ASA s’oppose ainsi à la création d’un fonds pour le climat.

En mars prochain, la nouvelle loi sur le CO2 devra revenir au Conseil national. Présentée d’abord par le Conseil fédéral, retoquée par le Conseil national, elle «est réapparue au Conseil des Etats, qui a ajouté une multitude de nouveaux éléments» que l’ASA qualifie de «largement discutables».

Anzeige

Rolf Dörig constate «avec inquiétude la manière dont l’Etat ne cesse d’élargir son champ d’action et n’hésite pas désormais à intervenir sur le marché libre». Appelé à donner des exemples, le président des assureurs cite l’action des groupes d’électricité aux mains de l’Etat ainsi que Swisscom. En matière de climat, le Conseil fédéral lui-même a déclaré «miser sur la subsidiarité et l’économie de marché», rappelle Philipp Gmür. Toutefois, en raison «des pressions internationales», «nous ne nous faisons pas d’illusions», ajoute-t-il. L’administration avance à son propre rythme. L’Office fédéral de l’environnement (OFEV) parle de «mesures librement consenties dans un premier temps». Philipp Gmür en déduit que «les projets de réglementation sont dans les starting-blocks».

LPP: une compensation trop coûteuse

Il n’y a pas que le climat. «La durabilité n’est pas sélective», indique Philipp Gmür. «Nombre de jeunes croient désormais que leurs prestations de prévoyance fondent comme les glaciers sous l’action du réchauffement climatique.» C’est pourquoi l’ASA critique un élément clé du compromis entre les partenaires sociaux, qu’a maintenant repris le Conseil fédéral. Ce plan prévoit un abaissement du taux de conversion à 6%, un relèvement de l’âge de la retraite des femmes à 65 ans, une déduction du montant de coordination et des mesures de compensation (supplément de rente financé solidairement). Ce sont ces dernières qui posent problème à l’ASA. Les assureurs les jugent «trop chères. Au final, il ne reste presque rien pour les générations futures», juge-t-elle. Le comité directeur de l’ASA donnera son point de vue définitif sur cette réforme le 20 février.