Il y a encore peu de temps, le CEO d’AXA Thomas Buberl exprimait le souci que, face à la pandémie de Covid-19, le changement climatique n’aurait plus guère de place dans la conscience du risque de la branche de l’assurance. Car l’AXA Future Risk Report 2020 montrait que la pandémie avait rapidement et fortement modifié la perception du risque parmi les spécialistes de l’assurance. Dans le classement des risques qui, dans les cinq à dix années à venir, recèlent le plus grand risque pour la société, la peur d’une pandémie ou d’une maladie infectieuse a bondi de la huitième à la première place.

Le Covid évince le changement climatique

Pour la première fois depuis 2015, le changement climatique a ainsi été repoussé de la première à la deuxième place de la liste des risques. Seule une infime majorité de spécialistes le voyait globalement comme le risque principal, même si les Européens parmi eux le situaient toujours au premier rang. L’étude constatait ainsi le danger qu’avec la focalisation sur le coronavirus, le changement climatique en tant que risque direct et durable soit oublié. Désormais, c’est la santé qui été jugée particulièrement importante. Thomas Buberl soutenait à cet égard que cela ne devait pas influencer la lutte contre le changement climatique qui « représente toujours le défi le plus important et le plus urgent de notre temps ».

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Quelle: Axa Future Risk Report 2020
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Une large conscience du risque

Katja Pluto, Chief Risk Officer EMEA au Zurich Insurance Group, souligne les liens existants dans l’actuel tableau des risques. Sans prétendre les hiérarchiser, elle nomme les risques issus du changement climatique, d’un comportement changé de la clientèle, du contexte des taux bas et des cyber-risques. « Les risques liés au changement climatique concernent l’ensemble de la société et des entreprises de tous les secteurs », dit-elle. Une biodiversité déclinante et des espaces naturels de vie rétrécis favorisent la dissémination des pandémies et leur passage à l’homme. La pandémie est donc étroitement liée aux risques susmentionnés. Mais pour Katja Pluto, la prise de conscience est là, tant dans le secteur de l’assurance que dans de vastes cercles de la population.

Une nouvelle normalité est prévisible

Elle pense que la pandémie conduira à une nouvelle normalité dont les contours ne sont pas encore définis. Il est notamment imaginable que le fort recours au télétravail réduira le besoin de véhicules privés et des assurances qui vont avec. Mais si la population perdait confiance dans les transports publics, le trafic privé augmenterait. Dans les deux cas, il en résulterait de nouvelles attentes en matière d’offre d’assurances.

Le coronavirus n’effraie pas les Suisses

Face à la crise de coronavirus, les Suisses se montrent plus détendus que le reste du monde. Interrogés sur les répercussions personnelles entraînées par la crise sanitaire qu’ils vivent, presque les trois quarts d’entre eux répondent qu’à l’avenir ils veilleront mieux sur leur santé psychique. C’est 12% de moins que la moyenne, signale le blog d’AXA (sur les résultats pertinents pour la Suisse tirés de l’AXA Future Risk Report 2020. Seuls 43% entendent placer des fonds supplémentaires, contre deux tiers des participants dans le monde.

En Suisse, on se considère aussi comme moins vulnérable aux risques que dans beaucoup d’autres pays. Il y a quand même 61% des personnes interrogées qui prennent régulièrement des risques, plus que dans n’importe quel pays européen. Seules 20% des personnes se sentent souvent vulnérables dans leur vie quotidienne, contre 44% dans le reste du monde.

Par ailleurs, en Suisse le changement climatique est jugé un risque plus important que les pandémies et les maladies infectieuses. Selon AXA, les crises climatiques, la crise du climat, suivie par les crises sanitaires et la cybersécurité sont les plus grands défis des cinq à dix prochaines années. Par ailleurs, 40% des personnes interrogées jugent importants les risques afférents aux ressources naturelles à la biodiversité, alors que dans le reste du monde elles ne sont que 22%.

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Quelle: Axa Future Risk Report 2020
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Eviter les risques à long terme

Pour La Mobilière, les risques de dangers naturels tels que séismes ou inondations sont les plus importants du point de vue financier. Mais pour la porte-parole Kim Allemann, un grand accident industriel figure aussi sur la liste. Tandis que, du point de vue de l’assurance, la pandémie de coronavirus est un phénomène à court terme, il importe de considérer le changement climatique sur un horizon à très long terme. En cas d’événement à court terme, il s’agit de réduire aussi vite que possible les risques dans le bilan de l’entreprise. En cas de dangers prévisibles à long terme, il importe d’en comprendre les répercussions et l’influence réciproque des risques et d’éviter les risques correspondants.

Une économie durable s’impose

Le rapport SONAR du Swiss Re Institute n’oublie pas non plus le changement climatique. « Les mesures prises pour endiguer le Covid-19 et les semi-confinements ont peut-être atténué un petit moment la pollution de l’environnement, mais ils n’arrêteront pas le réchauffement planétaire », constatent les experts. C’est pourquoi il est désormais décisif que le passage à une économie fonctionnant durablement et de manière neutre en termes d’émissions soit fortement ancré dans les stratégies mises en œuvre. Tous les secteurs, mais avant tout le trafic, l’agriculture et la construction, doivent limiter et réduire leurs émissions autant que faire se peut. Les gaz à effet de serre subsistants peuvent être éliminés de l’atmosphère par des moyens biologiques ou techniques, puis être stockés pour l’éternité.

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Les tensions sociales augmentent

En outre, la récession, conséquence des mesures prises contre la pandémie, aggrave les problèmes structurels à plus long terme : selon le rapport SONAR, la pression sur le contrat intergénérationnel a augmenté au sein de la société. Les personnes âgées sont plus fragiles face à la pandémie, tandis que les milléniaux affrontent des taux élevés de chômage et d’endettement dû à leurs dépenses de formation. En raison du fort taux de chômage des jeunes, il existe sur bien des marchés un véritable danger de « génération perdue », pensent les experts. En même temps, cette pression sur le budget des ménages rétrécira le marché des ventes de produits d’assurance.

Pas tous également affectés

Dans le Future Risk Report d’AXA, les désordres sociaux et les conflits locaux arrivent au cinquième rang. La crise sanitaire pourrait précipiter 50 millions de personnes dans l’extrême pauvreté, ce qui pourrait attiser des conflits locaux et une insatisfaction générale aussi bien dans les Etats développés quand dans les pays à bas salaires. La pandémie a renforcé les inégalités. Tandis que les personnes qui ont des professions de bureau sont à peine touchées par le confinement grâce à leur passage au télétravail, pour les ouvriers et l’industrie productive il en va tout autrement. Ces influences pourraient déstabiliser la cohésion sociale dans les pays occidentaux.

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Les ordinateurs restent le risque majeur

Les deux publications continuent de voir un potentiel de risque dans l’utilisation des ordinateurs. Dans l’étude d’AXA, les cyber-risques ont glissé d’un rang, jusqu’au troisième dans le classement des risques. Les particuliers interrogés en parallèle aux experts se jugent exposés avant tout aux risques d’ordinateur, à l’égal des risques sanitaires actuellement prioritaires. Cela s’explique par les nouvelles technologies toujours plus largement utilisées et par la hausse marquée des cyberattaques durant la crise sanitaire.

Risque en périphérie du réseau

Le Swiss Re Institute, quant à lui, désigne surtout ce qu’on appelle « edge computing » comme particulièrement risqué. En l’occurrence, la capacité de calcul n’est plus simplement bien protégée au centre d’un réseau, mais elle est créée en de multiples points où elle est justement nécessaire pour traiter immédiatement des données. Cela ouvre des points d’accès potentiels à des criminels, car la structure décentralisée est plus difficile à défendre. A chacun de ces points d’accès, des pirates peuvent infiltrer des malwares intelligents plus aisément que dans des calculateurs centraux très surveillés. Un Internet « des choses oubliées » menace de voir le jour et permettra aux cybercriminels de s’infiltrer facilement.

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